CHRISTIANISME ET AUTRES RELIGIONS,

CHRISTIANISME ET BOUDDHISME,

CHRISTIANISME ET ISLAM

 

 

DES LIENS NOMBREUX ENTRE LES GRANDES RELIGIONS

Nous passons vite sur l’évidente relation entre judaïsme et christianisme, qui en est issu, et l’on rappellera plus loin les relations aussi évidentes avec l’islam, qui puise aux mêmes sources : même Dieu ce qui n’est pas rien, mêmes messages essentiels, référence aux mêmes prophètes de ce que l’on appelle la Torah ou l’Ancien Testament. Quand on cherche à comparer ces trois grandes religions « du Livre » avec le bouddhisme, commençons par cette nuance à préciser : les puristes relèveront que le bouddhisme n’est pas à proprement parler une religion ni une philosophie mais une « voie », à mi-chemin entre philosophie et religion pourrait-on dire, mais dérivée de l’hindouisme dont nous parlerons donc ici en même temps que du bouddhisme. Cette nuance amène déjà à bien des considérations : tout d’abord cette « voie » peut donc être déjà, par définition, rapprochée d’autres croyances plus purement religieuses ; de surcroît on remarque que ces autres croyances portent en elles également cette « voie » : ce n’est pas un hasard si c’est exactement le terme selon lequel les premiers chrétiens désigneront leur mouvement, comme on le voit notamment dans des épîtres de saint Paul. De fait, le christianisme des débuts, comme le judaïsme avec ses courants kabbalistes, ont fait naître des sectes mêlant croyances égyptiennes et grecques très proches des idées de réincarnation présentes dans le bouddhisme; de même certaines religions orientales mêlant islam et éléments plus anciens ; de même que les courants new age et spirites de nos jours ; quant au courant principal qui a prévalu, il comporte, dans le christianisme comme dans l’islam, des usages, des rites, des encouragements à la méditation, à la prière, à l’élévation… qui sont aussi extrêmement proches de ce que l’on trouve dans le bouddhisme : « Le fait est que l’on peut difficilement faire la liste des très nombreuses ressemblances entre le christianisme et les religions antiques plus proches, juives, perses, phéniciennes, égyptiennes (idée de la résurrection que certains rapprochent de celle de la métempsychose, ressemblances marquées avec certains cultes à mystères, portée religieuse du repas en commun, temples, prières, chants, encens, parfois célibat, parfois monachisme…) mais aussi avec les soufis et autres mystiques orientaux plus tardifs (méditation, élévation, prière, idées de miséricorde divine, d’harmonie avec l’univers voire de fusion avec Dieu) et même, à une autre période pourtant, et en d’autres lieux bien plus lointains, avec le bouddhisme (malgré des différences, les ressemblances sont innombrables dès les principes mêmes, le Bouddha étant un prince qui est sorti de son palais, a découvert la pauvreté et la souffrance qui règnent dans le monde, et a promu l’élévation spirituelle qui va jusqu’à guérir tous les maux et unir avec la divinité dans la vie et après la mort ; pour le christianisme, Jésus est Dieu qui s’incarne parmi les hommes pour vivre parmi eux, guérissant, accueillant, s’abaissant, souffrant et mourant ; ce faisant il a montré un modèle d’existence en proximité avec Dieu tout au long de la vie et après la mort, permettant aux hommes de s’unir à Lui dans Son Royaume. À cela s’ajoute bien sûr la proximité de l’idée de la résurrection avec celle de la réincarnation, ainsi que la proximité des idées de tempérance, de patience, d’amour et d’harmonie avec l’univers, voire là aussi de fusion avec Dieu ; mais on relève d’autres points communs superficiels ou plus profonds tels que, en désordre : louanges, méditation, élévation, temples, prières, chants, cierges, encens, célibat, monachisme, moines ou ermites faisant vœu de silence, corps de certains moines bouddhistes miraculeusement conservés bien après leur mort comme cela arrive pour les corps de certains saints chrétiens, représentations d’auréoles dans le bouddhisme aussi bien que dans le christianisme, « mandalas » rappelant les rosaces des églises, « mala » tibétains rappelant les chapelets catholiques, et bien sûr l’emploi du terme de « la voie » par lequel les disciples de Jésus et saint Paul appelaient son mouvement, et qui est le même terme qui avait été employé par Bouddha). Tout ceci confirme et appuie ce que l’on remarque dans « L’Évangile selon le monde » où apparaissaient déjà tellement de croyances et de symboles partagés à des époques et en des lieux très divers, dans des civilisations en apparence très différentes et qui n’avaient absolument pas été en contact d’une façon importante, mettant par là-même en évidence des éléments extrêmement troublants. » (extraits de « l’Évangile selon les prophètes et les mystiques », livre IV)

Les ressemblances sont donc évidentes au quotidien, dans les rites, dans les prières, et dans la plupart des grandes lignes fondamentales comme on va le voir, sans aller trop loin dans le détail ce qui n’est pas le but ici. On peut même constater que : « Les liens entre les messages de Dieu, perçus par les sages, les prophètes et les mystiques du monde entier, sont si nombreux et si évidents qu’il y a des ponts très visibles entre tous les humains : le Père Henri Le Saux, notamment, a été l’un de ces nombreux ponts entre le christianisme et l’hindouisme. On se rend compte de la proximité entre certaines notions à travers notamment ces mots : « C'est dans la mesure même où l'homme pénètre en soi qu'il pénètre en Dieu et dans la mesure tout autant où il pénètre en Dieu qu'il parvient à soi. Pour trouver Dieu en réalité, il lui faut descendre jusqu'en cette profondeur de soi où il n'est plus qu'image de Dieu ; là même où au jaillissement de soi, il ne se trouve plus que Dieu. » (Père Henri le Saux, « Sagesse hindoue, mystique chrétienne »), qui entrent en résonnance également avec ceux de nombreux mystiques chrétiens depuis le Moyen-Âge. Mais c’est loin d’être tout. Ainsi quand on lit « Heureux vivons-nous, sans haine parmi les haineux; au milieu des hommes qui haïssent nous demeurons sans haïr », l’on pourrait aisément y voir une phrase des Évangiles et pourtant il s’agit d’une phrase de l’un des principaux livres du bouddhisme (« Le Dhammapada », 197). Quant à ces mots : « Dites : “Nous croyons en Dieu et en ce qu'on nous a révélé, et en ce qu'on n'a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les Tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes Soumis” », l’on pourrait les croire issus de la Bible, et ils sont extraits du Coran (2,136), l’idée de soumission dans l’Islam étant à rapprocher de la racine sémitique ŠLM, paix, et tout autant donc à celle d’Alliance de l’Ancien et du Nouveau Testament : alliance avec Dieu, entente avec Dieu, fidélité à Dieu, pour vivre en harmonie avec Dieu, Ses créations et tous les hommes, et dans le respect des textes saints des prophètes. Toute la révélation et l’œuvre de Mahomet consiste d’ailleurs à propager le message de la Bible dans le monde arabe, au moyen du Coran qui honore la Bible et les prophètes mais plus particulièrement encore Jésus comme on va le voir dans quelques lignes. Cette démarche établit ce qui doit donc être un nouveau pont évident entre les religions qui proviennent de la même source.(...) La place de Jésus est donc particulièrement importante dans l’islam, ce que beaucoup aujourd’hui oublient, Chrétiens et même Musulmans, alors que le Coran le mentionne pas moins de 35 fois : 27 fois sous son nom de Jésus, Issa en arabe, et 8 fois sous son titre de Messie. » (extraits de « L’Évangile selon le monde », livre IV

Précisons-le pour dissiper tout malentendu : on ne peut pas nier les différences. Elles existent. Mais il s’agit d’apprécier à quel niveau elles se situent : théologiquement majeures, ou simples variantes menant finalement à un type de spiritualité extrêmement proche  ? Trouve-t-on par exemple des commandements opposés dans les religions que nous avons citées ? Trouve-t-on des éléments qui représenteraient des différences fondamentales? ... alors qu’en revanche le nombre de prières à effectuer dans la journée, par exemple, ne relève que de la tradition, de la culture.

 

CHRISTIANISME ET ISLAM

On a vu plus haut des liens évidents entre les grands messages essentiels du christianisme et de l’islam, pour la simple et bonne raison que ces messages proviennent des mêmes sources : Dieu Lui-même si l’on croit, par l’entremise de l’angle Gabriel plus exactement en ce qui concerne l’annonce à Marie d’après le Nouveau Testament et le message à Mahomet(Mohamed) d’après le Coran,

 

          

Archange Gabriel et Marie mère de Jésus

 

mais aussi par la bouche de tous les prophètes qui sont communs entre les deux religions : Abraham (Ibrahim dans le Coran), Moïse (Moussa dans le Coran), Ézéchiel (Dhul-Al-Khifl dans le Coran), et bien d’autres jusqu’à Jésus (Issa dans le Coran, considéré comme un prophète non divin mais aussi comme le Messie et avec un rôle très particulier comme on va le voir dans quelques lignes). Aussi, « la relation entre Dieu et les Hommes, [est] naturellement retranscrite d’une façon très proche dans la Bible et dans le Coran, qui en souligne l’importance, et la proximité, chez tous « les gens du Livre » : « Ceux à qui Nous avons donné le Livre (la Bible), qui le récitent comme il se doit, ceux-là y croient. Et ceux qui n'y croient pas sont les perdants » est-il écrit dans le Coran (2,121). La critique musulmane porte sur les Juifs et les Chrétiens mais presque seulement… en ce qu’ils s’opposent entre eux, rejoignant certains de nos propos, quelques lignes au-dessus : « Dieu (Allah) jugera sur ce quoi ils s'opposent, au Jour de la Résurrection » (Coran 2,113). Le Coran présente certes Jésus comme un simple prophète dit-on souvent, dont la crucifixion n’était qu’une illusion, ainsi que cela a été présenté par plusieurs courants orientaux dans les premiers siècles de notre ère… Oui, mais il le présente aussi comme « messager d’Allah » autrement dit comme « messager de Dieu ». Il est celui qui a été annoncé par le même (arch)ange Gabriel qui est à l’origine du Coran. Il est de surcroît comparable à Adam (« Pour Dieu (Allah), Jésus est comme Adam qu'Il créa de poussière, puis Il lui dit “Sois” : et il fut. »), mais aussi à Abraham, et aussi à Moïse (« Nous croyons en Dieu, à ce qu'on a fait descendre sur nous, à ce qu'on a fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux »). Il est aussi fils de Marie, particulièrement vénérée, et il a été « renforcé du Saint-Esprit » : « Nous avons donné des preuves à Jésus fils de Marie, et Nous l'avons renforcé du Saint-Esprit. Est-ce qu'à chaque fois, qu'un Messager vous apportait des vérités contraires à vos souhaits vous vous enfliez d'orgueil ? Vous traitiez les uns d'imposteurs et vous tuiez les autres. » (Coran 2,87)  Il est celui à qui Dieu a permis de nombreuses choses pour convaincre et rassembler les croyants, avec l’aide des Apôtres à sa suite : « Et quand Dieu (Allah) dira : "Ô Jésus, fils de Marie, rappelle-toi Mon bienfait sur toi et sur ta mère quand Je te fortifiais du Saint-Esprit. Au berceau tu parlais aux gens, tout comme en ton âge mûr. Je t'enseignais le Livre, la Sagesse, la Thora et l'évangile ! Tu fabriquais de l'argile comme une forme d'oiseau par Ma permission; puis tu soufflais dedans. Alors par Ma permission, elle devenait oiseau. Et tu guérissais par Ma permission, l'aveugle-né et le lépreux. Et par Ma permission, tu faisais revivre les morts. Je te protégeais contre les Enfants d'Israël pendant que tu leur apportais les preuves. Mais ceux d'entre eux qui ne croyaient pas dirent : “Ceci n'est que de la magie évidente”. Et quand J'ai révélé aux Apôtres ceci : “Croyez en Moi et Mon messager (Jésus)”. Ils dirent : “Nous croyons; et atteste que nous sommes entièrement soumis”. » (Coran, 5,110)  [Et, comme nous l'avons déjà dit plus haut] La place de Jésus est donc particulièrement importante dans l’islam, ce que beaucoup aujourd’hui oublient, Chrétiens et même Musulmans, alors que le Coran le mentionne pas moins de 35 fois : 27 fois sous son nom de Jésus, Issa en arabe, et 8 fois sous son titre de Messie.» (extraits de « L’Évangile selon le monde », livre IV)

C’est selon toute logique que les relations entre les Musulmans et les Chrétiens se sont avérées plus d’une fois : « on raconte en effet que [Mohamed] aurait été reconnu par un moine chrétien, Bahira, comme un futur prophète ; et il recevra, d’après le Coran, plusieurs visions à l’instar des prophètes et des mystiques de la Bible. Effrayé, Mohamed se serait réfugié auprès de son épouse Khadija. Celle-ci l’aurait alors recouvert d’un drap avant d’aller avertir son cousin, Waraqa ibn Nawfal. Autre point d’ancrage de l’islam dans le monde de la Bible, et même dans le christianisme, c’est cet homme, qui était très possiblement un Chrétien nestorien d’après les spécialistes, qui aurait attesté à Mohamed qu’il a été le bénéficiaire d’une visite de l’archange Gabriel, ce même archange qui avait annoncé la naissance de Jésus à Marie. Plus tard encore, les références à la naissance, à l’enfance, et au ministère de Jésus dans le Coran, montrent les influences nombreuses et répétées des évangiles apocryphes chrétiens qui circulaient au Proche et au Moyen-Orient, notamment l’évangile de l’Enfance et le Proto-évangile de Jacques. Dans divers ouvrages, et dans le résumé de Wikipédia qui suit, on trouve la liste des éléments du Coran où transpirent clairement les influences de ces évangiles orientaux :

·             Station sous un palmier dans la Sourate XIX, Marie, 23 (visiblement en relation avec l’Évangile du pseudo-Matthieu)

·             Jésus parle au berceau dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 41 et la Sourate XIX, Marie, 30 (puisant sans aucun doute aux mêmes sources que l’Évangile arabe de l’Enfance, ou inspiré par lui)

·             Jésus anime des oiseaux en argile dans la Sourate III, La famille de ‘Imran, 43 et la Sourate V, La Table, 110 (Évangile de l’Enfance à nouveau)

·             Consécration de Marie dans la Sourate III, La famille de 'Îmran, 31 (Proto-évangile de Jacques)

·             Vie de Marie au Temple dans la Sourate III, La famille de 'Îmran, 32 et la Sourate XIX, Marie, 16 (Proto-évangile de Jacques)

·             Généalogie noble de Marie, issue des grands patriarches, dans la Sourate III, 33-34 (Proto-évangile de Jacques)

·             vœu d’Anne dans la Sourate III, 35 (Proto-évangile de Jacques IV,1)

·             Naissance de Marie dans la Sourate III, 36 (Proto-évangile de Jacques V,2)

·             Dieu accepte la consécration de Marie dans la Sourate III, 37 (Proto-évangile de Jacques V,1)

·             Éducation exemplaire et sans tache de Marie dans la Sourate III, 37 (Proto-évangile de Jacques V,1)

·             Marie adoptée par le prêtre Zacharie dans la Sourate III, 37 (Proto-évangile de Jacques VII,2-3 et VIII,1)

·             Les anges apportent la nourriture à Marie dans la Sourate III, 37 (Proto-évangile de Jacques VIII,1)

·             Zacharie devint muet dans la Sourate III, 41 (Proto-évangile de Jacques X,2)

·             Les anges exaltent Marie dans la Sourate III, 42 (Proto-évangile de Jacques XI,1)

·             Le tirage au sort pour la prise en charge de Marie dans la Sourate III, 44 (Proto-évangile de Jacques VIII,2-3 et IX,1)

·             L’Annonciation faite à Marie dans la Sourate III, 45-47 (Proto-évangile de Jacques XI,2-3).

Ces références sont si nombreuses et si évidentes que beaucoup ont considéré, lors des premières décennies suivant la création de l’islam, qu’il s’agissait d’un courant chrétien comme il en existait de nombreux autres, et qui prit ensuite un essor particulier. Mohamed d’ailleurs ne s’est jamais caché de vouloir révéler le message du Dieu de la Bible dans le monde arabe, avec des différences avec le christianisme « occidental » que l’on trouvait déjà dans de nombreux courants chrétiens des premiers siècles, notamment dans le nestorianisme dont il semble très proche à de nombreux égards, ou chez les Ébionites, Chrétiens primitifs qui rejetaient la christologie de saint Paul et priaient en direction de Jérusalem, comme Mohamed aux débuts de l’islam. D’après certains érudits, ces Ébionites auraient encore été présents dans la péninsule arabique au moins jusqu’au XIème siècle. Difficile de ne pas voir, alors, des rapprochements tout aussi nombreux qu’anciens, et puissants. Ceux-ci se sont quelque peu perdus au fil des siècles, des polémiques, des interprétations au pied de la lettre de versets qui touchent au contexte d’il y a mille cinq cents ans, à la lutte contre les polythéismes et les anciens cultes qui existaient alors (rien à voir avec une quelconque opposition aux autres religions du Livre) ou à la lutte et à la conversion intérieure (rien à voir avec le fait d’assouvir sa soif de violence comme le prêchent seulement les pires fondamentalistes). Quand il défend plus encore la transcendance de Dieu, c’est en s’opposant aux polythéismes anciens (rien à voir, à nouveau, avec la moindre critique des autres religions du Livre) : toutes ces oppositions ne sont liées qu’à l’interlocuteur auquel on s’adresse, et dans le contexte de l’époque, et non pas à ceux qui écoutent les mêmes prophètes et vénèrent le même Dieu, et non pas à ceux qui respectent à la fois l’unicité de Dieu (rien à voir avec les caricatures que se font certains ignares des Chrétiens qui croiraient en trois dieux ce qui est évidemment complètement faux), Sa transcendance et Son immanence (rien à voir avec les caricatures que se font certains des Juifs qui iraient trop dans un sens, ou des Chrétiens qui iraient trop dans l’autre). » (extraits de  « l’Évangile selon les prophètes et les mystiques », livre II) Quant à la conception de Dieu, elle est on ne peut plus proche quand on considère d’un côté les « noms de Dieu » dans le Coran et, de l’autre, la conception des « visages » ou des « qualités » de Dieu telle qu’on l’a esquissée dans nos ouvrages précédents, qui jette un nouveau pont entre le christianisme et l’islam, et plus généralement entre la plupart des religions se référant aux mêmes sources très anciennes et largement universelles (pour plus de détails sur ces questions, voir « L’Évangile selon le monde » et « l’Évangile selon les prophètes et les mystiques »).

Sans attendre notre époque, loin de là, les rapprochements théologiques entre le christianisme et l’islam étaient si évidents que durant le Moyen-âge déjà ils se sont traduits par des rapprochements culturels et humains, même au moment de ces conflits territoriaux qu’étaient les Croisades : car comme souvent ce sont bien les conflits politiques, économiques, territoriaux, ce sont eux et eux seuls qui sont à la source de toutes les oppositions, de toutes les divisions, de toutes les haines savamment entretenues par ceux qui veulent enflammer les foules pour motiver les combattants.

 

Islam et christianisme au XIème siècle, carte issue de wikipédia

 

Les proximités étaient pourtant encore très forts, et même à ces moments plus troublés les Templiers, puis les Franciscains, échangeaient avec les Musulmans, lisaient leurs textes ; de même inversement en Sicile, à Malte, et bien sûr en Espagne lors du temps de l’Andalousie, grande période de tolérance et d’échanges entre toutes les religions du Livre.

 

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Saint François d’Assise rencontrant le sultan al-Kamil

 

« C’est dans cet esprit que Mohamed a administré la communauté vivant à Médine, formée par ceux qui ont suivi son message et sont venus avec lui, mais aussi les différentes familles, juives en particulier, qui y vivaient déjà. Les intrigues et les affrontements avec les dirigeants de la Mecque ont peu à peu troublé cet équilibre, et l’on a déjà parlé de ceux qui se plaisent à attiser les haines avec les religions et les peuples voisins, dont certaines prennent la source dans ce contexte de l’Hégire, il y a… mille cinq cents ans. Et, malgré cela pourtant, déjà il était écrit dans le Coran : « Point de contrainte en religion » (Coran 2,256), « Et [aux gens du Livre, la Bible], dites: "Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons" ». (Coran 29,29) « Nous savons parfaitement ce qu’ils disent. Tu n’exerceras sur eux aucune contrainte » (Coran 50,45), « Si Dieu l’avait voulu il aurait fait des hommes une seule communauté [religieuse], mais il en est ainsi afin de vous éprouver par ce qu’il vous a attribué. Rivalisez donc en bonnes œuvres, car c’est à Dieu que vous ferez tous retour. Il vous informera alors quant à vos divergences. » (Coran 5,48) « Car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de son sentier et c'est lui qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés. » (Coran 16,125) Dans le même temps Dieu, dans le Coran, encourage exactement comme Jésus à une dévotion sincère et non pas d’apparence comme les pharisiens que le Christ fustigeait ; et Il encourage exactement comme saint Paul à cette même grande vertu qu’est la charité : « La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers le Levant ou le Couchant. Mais la bonté pieuse est de croire en Dieu, au Jour dernier, aux Anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son bien, quelqu'amour qu'on en ait, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux, aux voyageurs indigents et à ceux qui demandent l'aide et pour délier les jougs, d'accomplir la Salat et d'acquitter la Zakat. Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu'ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux ! » (Coran 2,177) Des paroles à rapprocher de bien d’autres qu’on peut lire dans les Évangiles, ou sous la plume des saints chrétiens et mystiques que nous avons déjà cités : « La haine te persécute ? Montre de la charité. L'envie te persécute ? Montre de la douceur. » a dit par exemple saint Éphrem. » (extraits de  « l’Évangile selon les prophètes et les mystiques », livre II)

Une grande similitude de vue, donc, et un esprit de dialogue et d’échange pendant la plus grande part de l’histoire de nos religions. Les choses n’ont changé que plus récemment, et à mesure que les courants du christianisme occidental lui-même se divisaient et se voyaient comme des religions à part entière, totalement séparées, et même parfois comme des ennemis irréconciliables : orthodoxes, catholiques, protestants… Dans ces conditions on comprend que l’islam paraissait plus lointain. Les choses ont encore empiré : c’étaient bientôt les Guerres de Religion en Europe, puis l’émergence de courants tels que les jansénistes fortement affirmés tandis que non seulement les différents courants s’affrontaient mais que, de plus, la religion même était attaquée : à ces moments encore, on comprend que l’islam paraissait bien lointain…Puis ce furent les époques coloniales, qui ont parfois rapproché les hommes sages sur le terrain, mais qui ont également donné prétexte à attiser les oppositions et les haines à ceux qui avaient intérêt à cela pour leurs revendications territoriales, une fois encore. Aujourd’hui, la libre circulation des informations, des textes, et des idées, change fortement la donne : nous n’en sommes plus à l’époque où il était même interdit aux croyants de lire la Bible dans leur langue. Aujourd’hui les efforts de dialogue et d’œcuménisme sont quotidiens et naturels : textes conciliant les points de vue, diffusions partagées à la télévision et sur internet, et même célébrations communes ; et donc il est évident que les oppositions d’antan n’existent plus guère au cœur du christianisme occidental. Aujourd’hui l’on peut aisément lire et comprendre l’autre, et en voir les ressemblances comme on l’a fait dans « L’Évangile selon le monde » et comme on le fait à nouveau dans cet ouvrage. Aujourd’hui les oppositions avec les autres religions du Livre ne sont entretenues que par les plus extrémistes et les plus violents, qui font horreur à la plus grande part de l’humanité. En ce sens ils seront tellement rejetés par tous ceux qui comprennent le message de paix des religions, par tous les hommes simples qui ne recherchent que de vivre sans guerre, et par tous les hommes sages qui s’intéressent aux cultures et aux autres, que ces extrémistes aideront peut-être finalement à remettre les choses à leur place : les criminels ne sont que des criminels, les fous ne sont que des fous, les sectes apocalyptiques ne sont que des sectes apocalyptiques ; et a contrario les grands courants du même Message sont les grands courants du même Message, et avec une vocation à se parler, à œuvrer pour la paix, à se rapprocher, à se rassembler comme ils l’étaient à l’origine et pendant des siècles, ainsi qu’on l’a vu quelques lignes plus haut. « La place éminente de Jésus, accentuée par son lien avec Gabriel et Marie et Dieu Lui-même ne peut donc être à l’origine de quelque tension et de quelque opposition : celles-ci ne sont du fait que des hommes, tous vénérant le même Dieu, les mêmes anges, les mêmes prophètes et les mêmes grands noms, de l’Ancien et du Nouveau Testament… Comme on l’a dit dans le livre II de [« L’Évangile selon le monde »], le fait que le message ait été délivré à Mahomet par l’archange Gabriel, comme à Marie, veut tout dire déjà, avant même que de considérer le message. La dévotion commune à Marie suffit elle-même également à montrer combien sont dans l’erreur ceux qui prônent la guerre et la division, Marie qui est considérée partout comme reine du monde, de paix et de douceur : voilà donc le véritable message de Dieu, qui est aussi celui de Marie lors de toutes ses apparitions ; et voilà qui peut encourager les invitations des uns dans le lieu de culte des autres ou, comme chaque année au Liban, la réunion dans des mêmes lieux tous ceux qui vénèrent Marie pour la prier ensemble : que ces initiatives se répandent dans le monde ! Et quand bien même l’on défendrait ces nuances infimes, ces courants multiples que l’on trouve dans chaque religion, alors qu’ils n’opposent pas cruellement, qu’ils ne nient pas le socle commun sur lequel ils reposent, qu’ils ne contredisent pas l’essentiel, qui n’a rien à voir avec la division, mais avec tout le contraire : la douceur, la paix et l’union. Et malgré les nuances et les coutumes différentes, tous seront réunis s’ils renoncent aux mensonges, aux haines, aux oppositions ; tous seront réunis s’ils prônent sincèrement ce message fraternel : « Et ils ont dit : “Nul n'entrera au Paradis que Juifs ou Chrétiens”. Voilà leurs chimères. – Dis :“Donnez votre preuve, si vous êtes véridiques”. Non, mais quiconque soumet à Dieu son être tout en faisant le bien, aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux, nulle crainte, et ils ne seront point attristés. » (Coran 2,111-112) » (extraits de « L’Évangile selon le monde », livre IV)

Sur le plan de la pure théologie, dont les subtilités échappent totalement aux ignorants et aux extrémistes violents qui les manipulent, il est difficile de ne pas voir les proximités entre tous les courants du « christianisme » selon la définition qu’on a retenue, ou de toutes les « religions du Livre » si l’on souhaite une acception encore plus large. Tous les courants du christianisme et de l’islam peuvent s’inscrire dans celle-ci sans conteste, respectant tous les nombreux critères fondamentaux identiques qui apparaissent dans ce tableau: on peut le lire plus commodément lui aussi dans « L’Évangile selon le monde », livre II :

 

 

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On retrouve les mêmes sources, les mêmes messages essentiels disions-nous ; on retrouve également les mêmes moments importants dans l’histoire et les mêmes apogées, que ce soit quand on considère l’ensemble des courants du christianisme en Occident, ou bien les courants de l’islam en Orient : voir en particulier le livre III de « l’Évangile selon les prophètes et les mystiques ». Les échanges, les influences, les liens ont été très forts et très évidents dès les origines, et les ponts ont été très nombreux et très importants, même aux moments les plus tendus, notamment sous l’égide de saint François d’Assise, ainsi qu’on s’en rend compte également dans le livre III de « l’Évangile selon les prophètes et les mystiques », librement téléchargeable en cliquant sur ce lien.

 

Difficile, à la lecture de ces lignes, de ne pas comprendre les points communs mais aussi la pensée, le message, qui se dégage de la vie et de l’œuvre des prophètes et des mystiques qui sont reconnus par tous les courants du christianisme et de l’islam : Abraham et Moïse bien sûr mais aussi, on le sait moins, Ézéchiel, et Jésus. Leurs mots, leur message, des extraits nombreux des prophéties de la Bible et des prières, qui ont même un caractère souvent très œcuménique, peuvent être lus dans ce même ouvrage, librement téléchargeable en cliquant sur ce lien qui jette de nombreux ponts qui existent depuis les origines mais que l’on ne sait pas toujours voir.

 

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QUELQUES AUTRES SITES POUR ALLER PLUS LOIN

Aujourd’hui, les rencontres et les relations entre les différents courants sont de plus en plus nombreuses, de même que des efforts de textes et même de célébrations œcuméniques. Aussi je mêle volontairement ci-dessous des liens provenant de différentes tendances du christianisme :

 

   

 

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