SAINT PAUL ET LE CHRIST :

UN DIEU « CHRESTOS » ?

UN JÉSUS MYTHIQUE ?

UN RÉCIT FABRIQUÉ ?

 

On peut tous reconnaître sans peine que les Évangiles et les Actes des Apôtres ont été rédigés ou traduits par des auteurs de langue grecque, et ont donc été inspirés, pour leur style et leur composition, par la vie des sages de l’Antiquité ou, plus généralement, par les œuvres grecques classiques. L’auteur Dennis MacDonnald, par exemple, y reconnaît des traces du style et des œuvres d’Homère, dans lesquelles tous les jeunes lettrés apprenaient la lecture, mais aussi la rédaction, la rhétorique, l’histoire, la géographie... On peut donc accepter sans crainte de telles influences lorsque les auteurs des Évangiles et des Actes des Apôtres y auraient ainsi « brodé » quelques détails, mais sur une trame sur laquelle tout le monde s’accorde à savoir le baptême, la prédication, l’exécution de Jésus et les grandes lignes des événements suivant sa mort. Certains commentateurs vont cependant beaucoup plus loin en imaginant un Jésus totalement mythique. D’autres au contraire voient un Jésus historique mais différent du portrait qu’on en fait. D’autres enfin un personnage né d’une synthèse de récits déjà existants. Et l’on présente souvent saint Paul comme le principal auteur de ces réécritures de l’histoire. Qu’en est-il ?

 

SAINT PAUL NE CITE PRESQUE JAMAIS JÉSUS ET AURAIT PRÊCHÉ UNE AUTRE RELIGION, CELLE D’UN « DIEU BON » « CHRESTOS », DÉVIANT LE CHRISTIANISME DU DÉBUT ?

La thèse est séduisante car, en effet, dans ses lettres (ses « épîtres »), saint Paul ne semble pas évoquer les détails de la vie de Jésus. Certains courants ont donc émis l’hypothèse qu’il ne parle que d’un Jésus totalement divinisé, totalement spirituel, assez proche de ce que feront également les « gnostiques » et donc facilement adaptable aux cultures différentes de toute la Méditerranée. Ce serait ce « Chrestos » (littéralement « dieu bon », qualificatif de plusieurs dieux antiques), confondu volontairement avec le « Christ » (littéralement « celui qui est oint », traduction grecque du mot « messie »).

 

   

 

Plusieurs éléments à relever cependant, afin d’évaluer la validité de cette thèse.

Tout d’abord le fait que saint Paul n’écrit pas des évangiles, et l’on pense que les paroles et les gestes de la vie de Jésus étaient largement propagés dans le cercle chrétien, oralement lors de chaque réunion des disciples, et plus tard par écrit, parallèlement aux éléments de doctrine ou de la vie des églises qui sont, eux, logiquement plus centraux dans les épîtres de saint Paul. Ce dernier n’a donc aucun besoin de reprendre textuellement ces éléments qui constitueront les évangiles et que ses correspondants connaissent.

De surcroît l’évangile selon saint Luc, et les Actes des Apôtres, qui relatent en détails la vie de Jésus et des premiers chrétiens, semblent avoir été écrits par l’un des plus proches de saint Paul, qui l’a suivi dans plusieurs voyages. Difficile donc d’opposer totalement les deux sans imaginer de nombreux complots pour travestir la vie et les récits de tout le monde : non seulement de Jésus par saint Paul, mais aussi de saint Paul par saint Luc, et finalement de tous les personnages qui sont cités dans ces textes, et tout cela sans que n’en disent rien ni ces personnages eux-mêmes, ni tous ceux après eux qui en étaient proches ou s’en référaient.

Un autre élément capital à considérer est ensuite le fait non négligeable… que saint Paul évoque bel et bien de nombreux éléments de la vie de Jésus, contrairement à ce que l’on prétend parfois, à commencer par la référence à un Jésus fait de chair et de sang, qui a vécu peu de temps avant ses lettres, et qui est mort crucifié. « On trouve en effet dans les épîtres de saint Paul des mots et expressions sans équivoque : dans l’épître aux Romains, il parle d’un « homme, Jésus-Christ » (Rom 5,15) ; il précise que Jésus est « issu de la semence de David » (Rom 1,3) ce qui signifie bien qu’il a vécu parmi nous et ses ancêtres aussi ; et il expose l’idée selon laquelle c’est par la mort d’un seul homme (donc bien réel) que les hommes sont rachetés (Rom 5,12). Saint Paul écrit aussi dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens : « Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n'est plus ainsi que nous le connaissons » (5, 16), ce qui signifie qu’il écrit après la mort de Jésus, certes, mais que « le Christ » a bien existé peu avant « selon la chair » autrement dit « réellement », en tant qu’homme, parmi les hommes, et que certains, à qui s’adresse saint Paul, l’ont bien connu ainsi. Dans une autre lettre il dit que Jésus est « né d’une femme » (Gal 4,4) ce qui confirme qu’il est né et a vécu comme nous tous ; dans une autre encore il dit que « le Christ, ayant été ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus » (Rom 6,6) ce qui signifie qu’il a bien déjà vécu et est bien déjà mort. Plus généralement, il évoque la croix plus de dix fois dans ses lettres, en des termes parfaitement clairs tels que « lui, a enduré la croix » (Heb 12,2). Ailleurs il cite bien le nom de Pilate qui a fait mettre à mort Jésus (1 Tim 6,13). Dans l’épître aux Hébreux il fait le rapprochement entre Jésus et Moïse et cite les psaumes (s’inscrivant donc sans ambiguïté dans le monde juif et non pas dans d’autres croyances) et reprend des expressions telles que « Premier-né dans le monde habité » (Heb 1,6) et « fils de l’homme » (Heb 2,5) (autrement dit « descendant d’Adam, par la chair »). Il est vrai que les spécialistes émettent des doutes sur l’attribution de quelques épîtres à saint Paul, mais cela ne suffirait pas à changer grand-chose car des références à la réalité de la vie et de la mort de Jésus se retrouvent finalement, on le voit, dans toutes les épîtres. » (extrait d’un nouvel ouvrage à venir)

Quant aux détails de la vie concrète, des paroles, de la passion, des miracles de Jésus, ils sont loin d’être totalement absents des écrits de saint Paul. Le pape Benoît XVI en dressait même une longue liste dans l’une de ses audiences en 2008 :

« Il semble confirmé qu'il ne l'a pas rencontré pendant sa vie terrestre. À travers les apôtres et l'Église naissante il a assurément connu aussi les détails sur la vie terrestre de Jésus. Dans ses Lettres, nous pouvons trouver trois formes de référence au Jésus pré-pascal.

En premier lieu, on trouve des références explicites et directes. Paul parle de l'ascendance davidique de Jésus (cf. Rm 1, 3), il connaît l'existence de ses "frères" ou consanguins (1 Co 9, 5; Ga 1, 19), il connaît le déroulement de la Dernière Cène (cf. 1 Co 11, 23), il connaît d'autres paroles de Jésus, par exemple, sur l'indissolubilité du mariage (cf. 1 Co 7, 10 avec Mc 10, 11-12), sur la nécessité que celui qui annonce l'Évangile soit nourri par la communauté dans la mesure où l'ouvrier est digne de son salaire (cf. 1 Co 9, 14 et Lc 10, 7); Paul connaît les paroles prononcées par Jésus lors de la Dernière Cène (cf. 1 Co 11, 24-25 et Lc 22, 19-20) et il connaît aussi la croix de Jésus. Telles sont les références directes à des paroles et des faits de la vie de Jésus.

En deuxième lieu, nous pouvons entrevoir dans certaines phrases des Lettres pauliniennes plusieurs allusions à la tradition attestée dans les Évangiles synoptiques. Par exemple, les paroles que nous lisons dans la première Lettre aux Thessaloniciens, selon lesquelles "le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit" (5, 2), ne s'expliqueraient pas comme un renvoi aux prophéties vétéro-testamentaires, car la comparaison avec le voleur nocturne ne se trouve que dans l'Évangile de Matthieu et de Luc, donc elle est tirée précisément de la tradition synoptique. Ainsi, quand nous lisons que:  "ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Jésus a choisi..." (1 Co 1, 27-28), on entend l'écho fidèle de l'enseignement de Jésus sur les simples et sur les pauvres (cf. Mt 5, 3; 11, 25; 19, 30). Il y a ensuite les paroles prononcée par Jésus dans la joie messianique:  "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange:  ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits" (Mt 11, 25). Paul sait - c'est son expérience missionnaire - combien ces paroles sont vraies, c'est-à-dire que ce sont précisément les simples qui ont le cœur ouvert à la connaissance de Jésus. La mention de l'obéissance de Jésus "jusqu'à la mort", que l'on trouve dans Ph 2, 8, ne peut également que rappeler la totale disponibilité du Jésus terrestre à l'accomplissement de la volonté de son Père (cf. Mc 3, 35; Jn 4, 34). Paul connaît donc la passion de Jésus, sa croix, la manière dont il a vécu les derniers moments de sa vie. La croix de Jésus et la tradition sur cet événement de la croix sont au centre du Kérygme paulinien. Un autre pilier de la vie de Jésus connu par saint Paul est le Discours de la Montagne, dont il cite certains éléments presque à la lettre, quand il écrit aux Romains:  "Aimez-vous les uns les autres... Bénissez ceux qui vous persécutent... Vivez en paix avec tous... Vainc le mal par le bien...". Donc, dans ses lettres, on trouve un reflet fidèle du Discours de la Montagne (cf. Mt 5-7).

Enfin, il est possible de trouver une troisième manière dont sont présentes les paroles de Jésus dans les Lettres de Paul:  c'est lorsqu'il opère une forme de transposition de la tradition pré-pascale à la situation d'après la Pâque. Un cas typique est le thème du Royaume de Dieu. Il se trouve assurément au centre de la prédication du Jésus historique (cf. Mt 3, 2; Mc 1, 15; Lc 4, 43). Chez Paul on peut trouver une transposition de cette thématique, parce qu'après la résurrection il est évident que Jésus en personne, le ressuscité, est le Royaume de Dieu. Le Royaume arrive donc là où Jésus arrive. Et ainsi, nécessairement, le thème du Royaume de Dieu, où était anticipé le mystère de Jésus, se transforme en christologie. Toutefois, les mêmes dispositions demandées par Jésus pour entrer dans le Royaume de Dieu sont tout à fait valables pour Paul en ce qui concerne la justification au moyen de la foi:  autant l'entrée dans le Royaume que la justification exigent une attitude de grande humilité et disponibilité, libre de présomptions, pour accueillir la grâce de Dieu. Par exemple, la parabole du pharisien et du publicain (cf. Lc 18, 9-14) donne un enseignement que l'on retrouve tel quel chez Paul, lorsqu'il insiste sur le fait de devoir exclure toute vanterie à l'égard de Dieu. Les phrases de Jésus sur les publicains et les prostituées, plus disponibles que les pharisiens à accueillir l'Évangile (cf. Mt 21, 31; Lc 7, 36-50), et son choix de partager la table avec eux (cf. Mt 9, 10-13; Lc 15, 1-2) se retrouvent elles aussi entièrement dans la doctrine de Paul sur l'amour miséricordieux de Dieu envers les pécheurs (cf. Rm 5, 8-10; et aussi Ep 2, 3-5). Ainsi le thème du Royaume de Dieu est reproposé sous une forme nouvelle, mais toujours dans une pleine fidélité à la tradition du Jésus historique. » (audience générale du 8 octobre 2008 et extrait d’un nouvel ouvrage à venir)

Après ces arguments très nombreux, on le voit, certains objectent alors parfois que c’est alors seulement la crucifixion qui aurait pu être « spirituelle », ce qui est en contradiction avec les mots de « fils de l’homme », « mort » etc, qui sont pourtant explicites et reliés à la vie, à la souffrance et à la mort, bien réelles, des croyants eux-mêmes auxquels saint Paul s’adresse, auxquels il demande des nouvelles et auxquels il envoie ses encouragements malgré les menaces, les dangers, les difficultés... De surcroît un tel supplice que celui de la croix, réservé aux révoltés et aux brigands, aurait pu être considéré comme tellement infamant qu’on comprendrait qu’on la spiritualise de cette manière, mais parce qu’elle a bien eu lieu, précisément. Et toute élaboration spirituelle basée sur cette idée confirme finalement que la crucifixion a bien eu lieu réellement.

 

 

« Les textes de saint Paul sont bien loin de ce qu’on trouvera dans les textes gnostiques (énumérant d’innombrables éons) ou apocryphes (ajoutant de multiples miracles et événements fabuleux). Saint Paul s’inscrit donc bien dans le courant chrétien des origines, dans les traditions transmises dans l’Église, dans les paroles, la vie et les gestes de Jésus tels qu’ils sont relatés dans les évangiles, et dans les doctrines qui étaient aux sources du christianisme. Tout cela peut se comprendre fort bien à la lumière des notes précédentes identifiant Jean de Zébédée à l’Ananie qui aurait converti saint Paul selon les Actes des Apôtres. » (« l’évangile selon les prophètes et les mystiques », à paraître bientôt)

« Elles montrent donc combien celui-ci doit donc à sa proximité avec Jean, ainsi qu’avec le personnage de Lazare, et avec les doctrines particulièrement mises en avant dans l’évangile selon saint Jean. Ces doctrines sont elles-mêmes déjà en germe dans l’Ancien Testament et dans les courants juifs messianiques et péri-esséniens qui baignaient la Palestine du Ier siècle et d’où le christianisme est issu. » (« l’évangile selon les prophètes et les mystiques », à paraître bientôt)

 

En fait, la thèse du mythe est aussi séduisante et facile à fabriquer que toutes les théories du complot. Ainsi on imagine que saint Paul a créé un Jésus mythique, mais en fait d’autres imaginent aussi que saint Paul lui-même est un personnage mythique dont la vie a été totalement inventée (cf ouvrages de Bernard Dubourg). Et pourquoi pas ainsi de suite : ceux qui inventent un saint Paul mythique, qui invente un Jésus mythique, sont peut-être eux-mêmes mythiques et inventés par un autre ? Qui lui-même est mythique et inventé par un autre ? Et ainsi de suite ? Cette boutade veut faire comprendre quelque chose : il y a bien quelqu’un qui a fait quelque chose réellement un jour, qui a parcouru son pays comme plusieurs autres prophètes et thaumaturges fréquents à son époque (les nazôréens dont il est issu d’après les évangiles eux-mêmes, les thérapeutes décrits par Philon d’Alexandrie, mais aussi Simon le mage, Apollonios de Tyane…) ; il y a bien quelqu’un qui a prêché des idées de charité et de renouvellement de la Loi comme plusieurs autres également (Jean-Baptiste, les esséniens, les nazôréens, et à leur suite les apôtres de Jésus), et dont on a relaté la vie et les propos (comme d’autres également : Pythagore, Apollonios de Tyane, les prophètes de la Bible…). Qu’est-ce qui empêche tellement de croire qu’il ait pu exister (il y en a eu d’autres, et précisément dans la même région), à cette époque (il y en a eu d’autres, et précisément à la même époque), et s’appeler Jésus ? D’ailleurs les textes les plus hostiles aux premiers chrétiens, à savoir les extraits du Talmud qui font référence à Jésus, auraient pu avoir beau jeu de prétendre qu’il n’a jamais existé. Or ce n’est pas le cas. Au contraire, ils s’efforcent de donner des détails, certes volontairement vexants et visiblement contradictoires puisque confondant des personnages et des époques, mais des détails présentés comme authentiques sur lui-même ou sur sa famille. Il en est exactement de même avec les mandéens, restés fidèles à Jean-Baptiste, qui prétendent que Jésus a menti mais pas qu’il n’a pas existé. Et qui semblent d’ailleurs infiniment plus imprégnés de gnosticisme que ce que l’on prête à saint Paul.

Un moment amusant : celui où les plus grands adeptes de la théorie du complot qui pensent que Jésus est totalement mythique rencontrent ceux qui pensent que Jésus est totalement humain, a survécu à sa crucifixion, s’est même marié avec Marie-Madeleine, a eu une descendance etc. Ce faisant, non seulement on s’oppose au premier groupe qui en fait un personnage mythique inspiré de dieux vivant dans le ciel, mais de plus on s’appuie sur une contradiction majeure : tout en niant ce qu’il y a de plus important et de plus commun aux évangiles, on cherche des réalités importantes dans les plus petits détails (des identifications sous-entendues à telle ou telle personne secondaire ou à tel ou tel lieu, ou des noms de personnages qui pourtant varient justement beaucoup dans les textes puisque rédigés plusieurs décennies après les faits).

Cette idée a donné lieu à l’intrigue du « Da Vinci Code » mais elle repose sur des idées anciennes, défendues par des courants « chrétiens » dits « gnostiques » où le culte du secret était important, mais qui étaient aussi, et ça on ne le dit pas, fortement imprégnés de philosophies égyptiennes et moyen-orientales, autrement dit défendant un système très complexe fait d’un grand nombre de niveaux « d’éons », de divinités ou d’anges, personnifications de notions telles que le Verbe, la Sagesse etc, et avec cette autre contradiction majeure : en trouvant saint Paul trop éloigné du judaïsme de son époque, on pense que la réalité vient d’encore plus loin ! Et ces courants baignent dans un des idées encore plus mythiques et spirituelles que ce que l’on peut voir de plus mythique et spirituel dans l’œuvre de saint Paul ! Cependant cette thèse a bien été ravivée dans les décennies précédentes du fait de la découverte d’ossuaires et de tombeaux intéressants : voir paragraphe suivant.

 

 

JÉSUS N’AURAIT PAS RESSUSCITÉ ET ON AURAIT RETROUVÉ SON TOMBEAU ?

Plusieurs découvertes archéologiques ont en effet défrayé la chronique depuis quelques années :

-        la découverte d’un ossuaire destiné à recevoir les ossements de saint Pierre sur le site de Dominus Flavit à Jérusalem, là où Jésus aurait pleuré après avoir eu des visions de la destruction de la ville et de son temple (ossuaire portant les inscriptions « Simon fils de Jonas », ainsi que l’apôtre était présenté dans les évangiles),

-        la découverte d’un ossuaire qui serait celui de saint Jacques le Juste (portant les inscriptions « Jacques fils de Joseph frère de Jésus),

-        celle de l’ossuaire de Simon de Cyrène (qui aida Jésus à porter sa croix),

-        et surtout le tombeau sur le site de Talpiot, un quartier de Jérusalem, qui contiendrait les ossements de plusieurs personnages des évangiles, dont peut-être même ceux de Marie et de Jésus lui-même :

« Les fouilles mettent au jour une chambre mortuaire percée dans les murs nord et ouest de deux arcosolia et dans les trois murs (sauf du côté de l'entrée) six kokhim contenant 10 ossuaires (parfois en enfilade dans ces kokhim). Des ossements éparpillés au sol et quelques tessons typiques du IXe siècle sont également découverts. La tombe a été probablement pillée dès l'Antiquité, car un épais dépôt argileux s'est infiltré dans la pièce par la porte laissée ouverte et que la plupart des ossuaires sont brisés.

Cinq ossuaires sont ornés de rosettes et de bandes ornementales, et six portent des inscriptions :

·  Yshw' br Yhwsp, vocalisé en Yeshua bar Yehosef (Jésus fils de Joseph). La lecture du nom de Jésus dans ce graffiti est fort débattue.

·  Mryh, vocalisé en Maria (Marie)

·  Ywsh, vocalisé en Yose (diminutif de Joseph)

·  Yhwdh br Yshw’, vocalisé en Yehuda bar Yeshua (Judas fils de Jésus)

·  Mtyh, vocalisé en Matiyahu (Matthieu)

·  Mariamenou Mara (unique des six inscriptions qui n'est pas en écriture araméenne mais en grec), traduite en « de Marie qui est [aussi appelée] Mara ». » (source : wikipedia)

 

 

L'entrée de ce tombeau, que l’on voit ci-dessus, a fait couler beaucoup d’encre également : celle-ci « est couronnée d'un fronton orné d'un chevron à motif central circulaire. La symbolique de ce décor, rare pour une tombe simple, a nourri de nombreuses interprétations, comme celle de Simcha Jacobovici dans son documentaire Le Tombeau de Jésus, qui fait dériver le symbole maçonnique (lettre G entre une équerre et un compas entrelacés) du motif ornemental de la façade de Talpiot. » (source : wikipedia)

Comme ce symbole présent sur le fronton du tombeau de Talpiot se retrouve aussi sur quelques ossuaires attribués à des personnages des évangiles, on se demande s’il n’est pas un symbole des tout premiers chrétiens. Et il semble bien qu’il ait une signification fortement liée à d’autres symboles bien connus dans l’antiquité et dans cette région du Proche-Orient en particulier, ce qui n’avait jamais été remarqué auparavant :

 

 

Mais sa signification renvoie aussi à d’autres signes primordiaux dans le christianisme, ce que l’on n’avait pas relevé jusqu’ici: voir en effet en cliquant sur ce lien. Le choix du symbole ornant le tombeau et plusieurs ossuaires y apparaît comme proche des cultures proches de la Galilée et de la Syrie, où se trouvaient des nazaréens ; il est un symbole qui rappelle l’araméen et l’initiale de mots et de noms importants aux débuts du christianisme ; même si le contenu du tombeau de Talpiot a été depuis longtemps remanié et modifié, y compris par des faussaires, il semble en relation avec d’autres ossuaires qui font référence à des personnages cités dans les évangiles, ou à des familles qui les honoraient en portant leur nom. Et le symbole qui orne son fronton paraît bien faire allusion à la notion de Verbe de Dieu, si importante dans le courant de Jésus, et qui sera développée dans la nouvelle religion chrétienne.

 

Dans le même ordre d’idée :

 

JÉSUS N’AURAIT PAS PU ÊTRE CÉLIBATAIRE « CAR LES RABBINS DE SON ÉPOQUE ÉTAIENT TOUS MARIÉS » ?

Cet argument a été souvent repris également, mais « Autant d’incohérences apparaissent quand on parle de l’idée à la mode de la survie de Jésus, de son mariage et de son éventuelle descendance : on évoque alors le mariage des rabbis de l’époque, mais on « oublie » à dessein le fait que le célibat était très développé à l’intérieur du groupe essénien par exemple, qui n’est pas le moins éloigné du christianisme ; et que c’était une pratique des « nazirs », ceux que l’on peut peut-être confondre avec les « nazôréens » ou qui les ont inspirés, et qui sont précisément les précurseurs des Chrétiens et dont était issu Jésus… d’après les Évangiles eux-mêmes. Ces nazôréens étaient ceux-là qui devaient être purs pour être plus près de Dieu, parcourir le pays avec une réputation de prophètes, de saints et de guérisseurs, exactement comme Jésus. Le célibat semble concerner tout autant saint Jean-Baptiste par exemple, à propos duquel personne n’a jamais parlé ni d’épouse ni de descendance et qui est présenté comme un modèle, un maître et même un cousin de Jésus d’après les Évangiles; c’était enfin le cas pour saint Paul, l’un des plus proches de la doctrine originale de Jésus et des croyants de son temps, pour la plupart des Pères de l’Église, et c’est le cas pour d’innombrables religieux et religieuses depuis des siècles, et pas seulement dans le monde chrétien. » (extrait de « l’évangile selon le monde », livre I) C’était également le cas d’Apollonios de Tyane quelques années plus tard, dont on vantait l’ascèse et la chasteté : ces vertus étaient donc louées, et pratiquées, aussi bien dans d’autres religions plus orientales que dans le monde grec. Et, comme on l’a vu, dans le judaïsme.

 

JÉSUS AURAIT ÉTÉ UN PERSONNAGE FABRIQUÉ, TOTALEMENT MYTHIQUE, À PARTIR DES ÉLÉMENTS DE CULTE DE MITHRA, D’OSIRIS ETC ?

« Même problème encore de la part de ceux qui présentent les Évangiles et les Actes des Apôtres comme des fictions seulement destinées aux Grecs et aux Romains. L’idée d’une vie de Jésus fortement remaniée pour calquer à des mythes et à des religions étrangères a beaucoup séduit, et l’on verra en effet dans quelques lignes combien la vie de Jésus suit de près les signes qui devaient se vérifier, inscrits dans le ciel, dans l’Ancien Testament, mais aussi dans les mythologies passées ; et il est vrai qu’on pourra trouver au fil de cet ouvrage des relations étonnantes entre des symboles chrétiens et d’autres, plus anciens. » (extrait de « l’évangile selon le monde », livre I)  Même dans l’iconographie, les liens et les ressemblances sont en effet très nombreux, et d’autant plus troublants :

 

(extraits de « l’évangile selon le monde », livre I)

 

« Cependant l’on verra plus loin que la majorité des liens avec des signes, des mythes, des prophéties, des écrits plus anciens, et singulièrement les plus spectaculaires et les plus étonnants, sont pour la plupart involontaires, impossibles à recréer intentionnellement, ou relevant de systèmes de pensée si différents qu’ils n’ont pas pu avoir été repris par des auteurs issus d’un seul de ces groupes (…) Avec le christianisme des premiers siècles en effet, on voit qu’on est très loin de toute idée de syncrétisme ou d’éclectisme. C’est flagrant quand on se considère les différences extrêmes qui séparent le culte de Sérapis (dieu syncrétique par excellence, reprenant des attributs d’autres dieux d’une façon très ostensible, et qui semble né seulement sur le papier comme une accumulation brouillonne et très artificielle) et le culte de Jésus (c’est presque tout le contraire : fils d’un dieu unique, même pas représenté dans les premiers siècles, héritier affirmé d’une seule religion et attachée à un pays bien précis, et surtout personnage qui a incarné et vécu d’une façon très concrète les prophéties et les symboles qu’il porte). Quand on se rappelle que les différences sont telles qu’elles ont créé des oppositions farouches et des échanges violents à travers des textes célèbres, et des conflits brutaux et parfois même sanglants sur tout le pourtour méditerranéen, on voit qu’il y a eu vraiment bien loin d’une volonté d’inspiration et de syncrétisme : l’opposition de saint Irénée aux cultes anciens et païens, très argumentée, montre avec la plus grande clarté combien le message et la vie de Jésus s’inscrivent à la suite de l’Ancien Testament au contraire de toutes les croyances païennes (cf saint Irénée, « Contre les Hérésies », en particulier au livre IV) et combien il y avait de différences inconciliables avec les cultes et gnoses en cours aux débuts du christianisme. C’est encore pire quand on considère les oppositions aux premiers Chrétiens dans la Rome Antique, à cause des différences entre leurs cultes et les religions païennes, différences jugées tellement inconciliables que ceux-ci ont enduré de violentes oppositions, condamnations, et martyrs pendant près de trois siècles. » (extrait de « l’évangile selon le monde », livre I, où l’on peut lire aussi les notes de bas de page qui n’apparaissent pas ici)

(…)

« En considérant ces éléments nombreux, on peut au contraire comprendre combien le christianisme repose sur le judaïsme, sans qu’on ait besoin de faire appel à des influences étrangères tant le discours de Jésus, ses croyances, ses rites, étaient au moins en partie partagés par les pharisiens (morale, autre lecture des textes et de la conception plus intérieure du « Temple », idée de la vie après la mort et de la résurrection), les esséniens (morale, autre conception du Temple, retrait, guérisons, purification par l’eau, esprit saint, messianisme religieux, étude des prophéties et idée de « fils de la lumière » préfigurant celle de « fils de Dieu »), les Samaritains (opposition au Temple, importance du rôle de Moïse et de Josué), les nazirs et les nazôréens (spiritualité, autre conception du Temple, vie itinérante, guérisons), les disciples de Jean-Baptiste (spiritualité, autre conception du Temple, baptême, esprit saint, messianisme), et bien sûr avec des références constantes aux prophéties et aux prophètes de l’Ancien Testament (Abraham, Moïse, Isaïe…). Même l’ouverture aux Païens n’est pas une opportunité pour le mouvement de Jésus, mais est inscrite au plus profond des textes juifs (« Toutes les extrémités de la terre penseront à l'Éternel et se tourneront vers lui; Toutes les familles des nations se prosterneront devant ta face » selon les Psaumes), et plus encore au cœur des écrits prophétiques juifs et du rôle de Jésus (puisque selon les croyances la conversion des Païens devait être une conséquence de la venue du Messie). De païen et d’étranger, dans la vie de Jésus racontée par les textes chrétiens, il n’y a guère en fait que la naissance dans la crèche le 25 décembre, qu’on peut facilement rapprocher du mythe de Mithra… Mais, même là, pas de chance pour les partisans de cette thèse: les détails de la naissance de Jésus ne relèvent que d’une croyance populaire relativement tardive, parfois d’Évangiles apocryphes, autrement dit rejetés par l’Église et seulement acceptés comme traditions populaires, et enfin cette date porte une autre symbolique, totalement liée au calendrier et à la culture hébraïque elle aussi, comme tout le reste, ainsi que le soulignent les plus hautes autorités de l’Église : sorte de pendant parfait au sacrifice de Jésus comme on sacrifiait l’agneau au Temple lors de la fête de Pâques, sa naissance est en effet fortement liée à ce même Temple: « Le premier à affirmer avec clarté que Jésus naquit le 25 décembre a été Hippolyte de Rome, dans son commentaire au Livre du prophète Daniel, écrit vers l'an 204, Certains exégètes remarquent ensuite que, ce jour-là, était célébrée la fête de la Consécration du Temple de Jérusalem, instituée par Judas Macchabée en 164 avant Jésus-Christ. La coïncidence de dates signifierait alors qu'avec Jésus, apparu comme lumière de Dieu dans la nuit, se réalise véritablement la consécration du temple, l'Avènement de Dieu sur cette terre » (audience générale de Benoît XVI, décembre 2009). Nous sommes donc là bien avant l’intervention de Constantin et les supposées « réécritures » volontaires des Évangiles : tout était déjà écrit et propagé par la tradition depuis plus de cent ou deux cents ans auparavant en ce qui concerne ce détail, et plusieurs siècles auparavant encore en ce qui concerne le rôle du Messie en direction des Païens. L’idée d’un Jésus mythique pour satisfaire aux uns ou convaincre les autres ressemble donc fortement… à un mythe. » (extraits de « l’évangile selon le monde », livre I)

 

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Propos complétés par ceux-ci : « Quant à la date de Noël, (…) elle peut aussi bien ressembler à la naissance de Mithra que reposer simplement sur la signification du solstice d’hiver qui est symbolique et universelle, autrement dit rattachée au parcours du Soleil et de la Terre, connu et visible par le monde entier, et donc indépendante de l’influence du culte d’un seul dieu en particulier. (…). Selon cette même thèse mythiste, tout le contenu des évangiles serait inspiré des légendes relatives à des dieux ou demi-dieux qui vivent mille aventures (comparables à Ulysse combattant des monstres légendaires, ce qui ressemble pourtant bien peu à Jésus parcourant la Judée), meurent et parfois ressuscitent (dieux écorchés, découpés en morceaux, mangés par d’autres dieux etc ; là encore ces récits sont très nettement différents de ceux concernant Jésus) » (extrait d’un nouvel ouvrage à venir)

 

Les liens avec d’autres philosophies, pensées, religions, sont cependant bien réels, et d’autant plus troublants et forts. On peut lire en effet dans « l’évangile selon le monde » à quel point ils sont universels. Ils rapprochent des croyances très anciennes touchant aux symboles et aux mythes, mais encore bien d’autres choses. Et, à la lecture de ces lignes, difficile de ne pas y voir quel message universel se dégage, si important de nos jours. Il semble puiser dans des signes visibles par tous de par le monde, des mythes et symboles qu’on retrouve dans plusieurs religions et qui les relient entre elles et avec le christianisme. Ces messages universels sont difficiles à ignorer à notre époque, et inspirent le monde de ceux qui croient, tel qu’il est ou pourrait être aujourd’hui.

 

 

UN ESSAI DE RECONSTRUCTION DE L’HISTOIRE DE L’ÉCLOSION DU CHRISTIANISME : QUELLE INFLUENCE DES CROYANCES DU PROCHE-ORIENT, DES ESSÉNIENS, DU COURANT DE JEAN-BAPTISTE ?

 

 

« L’évangile selon le monde » recense les nombreux signes de Dieu envoyés pour qu’on Le reconnaisse, selon les croyants ; il recense les nombreux signes qui semblent avoir été envoyés pour qu’on Le suive, tout au long de l’histoire, avant et après la vie de Jésus. Il apparaît en effet que ceux-ci ont été très nombreux, mais qu’ils n’ont pas souvent été vus ni compris, si ce n’est par quelques saints, prophètes et mystiques.

Entre autres nombreux signes, « l’évangile selon le monde » permettait de retracer ceux qui ont annoncé et préparé la venue du Christ. Des signes nombreux, étonnants, et universels, à un point que l’on ne soupçonne pas. Les plus connus sont ceux qui ont contribué à l’émergence de l’espérance en un messie à venir, mais aussi l’intrusion des symboles les plus partagés, et des croyances les plus anciennes, qui n’aurait sans doute pas été possible dans une autre région que celle du Proche-Orient, traversée par toutes ces influences.

« Les croyants pourront penser que cela n’a rien d’un hasard : ces influences, ces pensées parfois semblables, ou parfois complémentaires, ont contribué à préparer le message du Christ. En effet, aurait-on vu l’accomplissement de tant de symboles astronomiques, aurait-on été impressionné par la réalisation de si nombreuses prophéties et autres interprétations de la Bible, autant d’éléments que l’on a vus dans « l’évangile selon le monde », si ce n’était au cœur du peuple hébreu, et dans une région où ils étaient importants depuis des millénaires, et plus particulièrement encore après la période intertestamentaire, où les travaux sur les Textes ont été les plus poussés ? Aurait-on été séduit par le concept de « Fils de Dieu » si ce n’était dans une région où celui-ci avait déjà percé, aussi bien dans le monde païen que dans la philosophie juive ? Ces idées auraient-elles pu s’épanouir et être propagées dans tous les pays voisins si ce n’était à cette époque et en ces lieux particuliers où les pensées et les gens circulaient sur l’ensemble d’un empire qui s’étendait sur toute la Méditerranée, et pratiquait une langue partagée par tous ? Aurait-on reçu ce message si n’avaient pas précédé ceux de Jean-Baptiste et des autres prophètes, préparant à la venue d’un messie qui allait bouleverser l’histoire ? Tout semble s’enchaîner à la perfection, comme si tout était écrit à l’avance, ainsi que l’annonçaient aussi les prophéties : « Je suis Dieu et nul n'est semblable à Moi: Moi qui, dès le commencement, annonce la fin, et, longtemps à l'avance, ce qui n'est pas encore; Moi qui dis: "Mon dessein subsistera, et Je ferai toute Ma volonté" » (Isaïe 46,10) Les événements semblent s’être déroulés exactement au meilleur moment, comme si tout avait été préparé au mieux, nous rappelant cette phrase : « On entend sa voix qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, tracez pour lui une route droite » (Isaïe 40,3), appliquée à Jean-Baptiste dans les évangiles (Jn 1,23) ce qui n’est sans doute pas qu’un hasard, et exprimant parfaitement ce qui a été observé dans les faits. Aussi, ces circonstances idéales, ces croyances convergentes, ces influences combinées, et ces prophéties réalisées, ont permis l’éclosion du message chrétien au début du Ier siècle, faisant suite à une effervescence mystique et messianique qui l’a parfaitement préparée. » (extrait d’un nouvel ouvrage à venir)

 

 

« Il apparaît en effet que, dans le milieu essénien en général, et dans le cercle nazaréen en particulier, se trouvaient tous les éléments qui ont favorisé l’éclosion du christianisme : les textes internes mettant en avant le partage des biens, l’acceptation des femmes (voir la description des thérapeutes par Philon d’Alexandrie), les repas en commun, les ablutions de purification (qui ont donné lieu à la variante du baptême), l’étude des psaumes, des prophéties… Les esséniens cultivaient le souvenir de leur fondateur plus ou moins mythique, le « Maître de Justice » (de plus en plus idéalisé au fil du temps, et dont on attendait le retour), la notion de Messie (dont on imaginait le portrait idéal), et le concept de « l’Esprit Saint », de « l’Esprit de Justice » (les deux expressions sont tellement proches qu’elles s’écrivent avec les mêmes lettres), comme de la « Sagesse de Dieu », du « Verbe » ou du « Logos » (idées présentes dans la Bible déjà, et plus encore développées à l’aube du Ier siècle, mais aussi dans la philosophie juive de Philon et dans des courants de l’essénisme qu’il admirait). Le fait que saint Jacques, le frère de Jésus et premier dirigeant de l’église de Jérusalem, était vêtu de lin blanc et appelé « Le Juste » (mais de même aussi saint Joseph, le père de Jésus), et que Jésus lui-même ait passé sa jeunesse « au désert » (expliquant qu’il soit « apparu » brusquement dans le monde après qu’il ait eu environ 30 ans, en fait lorsqu’il a commencé à apporter sa nouveauté et à parcourir la Palestine après son baptême) et soit présenté ouvertement comme « nazôréen », sont des affirmations bien assez claires pour tous ses contemporains. Rien n’est caché, contrairement à ce que l’on croit parfois, sans quoi jamais l’on n’aurait fait figurer ces éléments dans les textes canoniques. Leur sens a simplement été en partie oublié au fil du temps, et il aurait donc été d’autant plus aisé de supprimer ces détails du récit officiel. Mais malgré leurs défauts (ils ont été souvent écrits en plusieurs phases et plusieurs décennies après les faits, et ils n’ont pas un objectif historique mais apologétique, défendant un point de vue particulier, mettant en avant tel épisode plutôt que tel autre, la réalisation de telle prophétie plutôt que telle autre etc) les évangiles semblent s’accorder sur l’essentiel : des phrases de Jésus, des paraboles, la plupart des épisodes de sa vie et de sa mort. Contrairement à ce qu’on prétend souvent, ils n’ont pas effacé ce qui aurait même pu être très gênant (comme l’appartenance de Jésus et de membres de la famille de Jésus à un courant préexistant et qui ne rend pas les choses faciles dans l’empire romain : courant opposé à la domination romaine, au Temple qui était son soutien, courant messianique proche des zélotes, prônant une rigueur importante dans les comportements, la pauvreté… Des évangiles gnostiques, plus proches des idées des régions nouvellement converties et des religions à la mode, auraient été beaucoup plus habiles à promouvoir, et c’est peut-être en partie pourquoi certains ont proliféré). Les spécialistes ne seront jamais totalement catégoriques car des preuves purement archéologiques manqueront toujours, mais les allusions sont nombreuses et répétées, malgré quelques nuances les ressemblances le sont tout autant, et les choses paraissent très claires : Jésus appartenait bien à ce mouvement nazôréen à l’intérieur de cette sphère essénienne ou péri-essénienne, et s’est distingué par des idées particulières, ou un parcours hors du commun. » (extrait d’un nouvel ouvrage à venir)

 

 

Comme on le voit dans « l’évangile selon le monde », à ces éléments préexistants déjà nombreux s’ajoutaient quelques particularités propres aux régions du nord de la Palestine : repas rituels en souvenir d’un mort en Phénicie, pratique qui s’est peut-être insinuée chez les esséniens qui étaient établis jusque dans cette région et en Syrie, et sinon chez les nazôréens ou peu après chez les mandéens pour devenir la « messe d’ascension des âmes » que ceux-ci célèbreront selon un rite très semblable. Héritiers des nazôréens, terme sous lequel ils s’appelaient eux-mêmes, ces mandéens reconnaîtront également Jean-Baptiste comme prophète mais critiqueront Jésus, comme plus tard également le Talmud et quelques autres textes juifs, signe à nouveau que Jésus a bel et bien existé, et qu’il a apporté des idées particulières, des nouveautés qui ont bouleversé voire choqué ses contemporains : là encore rien de caché car c’est exactement ce qu’affirmait saint Paul, notamment en 1Co 1,23 (« nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les [Païens] »), ou ce qui apparaissait également à travers les « épitres » et les « Actes des Apôtres » (nombreuses difficultés, oppositions et martyrs). Quelles sont ces nouveautés ? Peut-être bien celles qui sont présentes dans les évangiles, tout simplement : Jésus allait vers tous (riches, pauvres, étrangers, malades, infirmes, parias considérés comme « impurs » pour les courants rigoristes), multipliant les guérisons et les miracles ; mais il se présentait aussi d’une façon plus ou moins voilée comme le Messie ; et il s’adressait à Dieu comme à son père.

En effet les conséquences sont dès lors importantes, et s’enchaînent naturellement : dans le mouvement nazôréen ou péri-essénien au sens large, le parcours exceptionnel de Jésus en fait le nouveau Maître de Justice par excellence, ce Maître qui devait revenir, et qui devait assurer les rôles de Messie-Prêtre et de Messie-Roi en même temps. Là encore rien de caché : c’est le point de vue défendu dans le nouveau mouvement chrétien à travers « l’épître aux Hébreux ». Et c’est ce qui a motivé la condamnation de Jésus par les autorités juives, puis son exécution, comme cela est affirmé dans les évangiles. Autres conséquences qui viennent naturellement : ceux qui n’appartenaient pas à ce mouvement essénien au sens large, ceux qui provenaient du monde païen ou d’autres courants du judaïsme, ont pu être tentés de considérer Jésus comme uniquement humain, ou au contraire uniquement divin, et donc donner naissance à toutes sortes de courants et de croyances (ébionisme d’un côté, marcionisme et diverses doctrines gnostiques de l’autre) . Mais ceux qui provenaient du même mouvement originel où l’on pratiquait le baptême, où l’on croyait au Messie, à l’Esprit Saint ou au Logos, et qui ont considéré Jésus comme le « Fils de Dieu », le reconnaissaient donc comme Verbe incarné (puisque « le Fils de Dieu » en est l’une des appellations, comme on le lit chez Philon d’Alexandrie), et le pensaient habité par « l’Esprit Saint » ou « l’Esprit de Justice » (selon l’un de ces deux termes esséniens qui s’écrivent avec les mêmes lettres), ou par « la Sagesse de Dieu » (une appellation biblique qu’on retrouve dans l’évangile selon saint Luc). Dans « l’évangile selon le monde », on a même vu l’équivalence gématrique (valeur numérique des mots ainsi interprétés par les lecteurs de la Bible) entre plusieurs de ces termes, ce qui n’est sans doute pas qu’une coïncidence.

 

 

(extrait de « l’évangile selon le monde », livre I)

 

Dans tout cela, rien de propre au seul saint Paul comme on le fait croire parfois, rien de non-canonique, et rien de caché dans les textes chrétiens là encore, où les allusions aux mots de sagesse, aux paraboles employées par Jésus, et aux miracles qu’il a réalisés (autant de preuves que Jésus est le Verbe incarné), ou directement au Verbe ou à l’Esprit, sont nombreuses et très claires. Les textes chrétiens ont logiquement fait suivre les apparitions de Jésus après sa mort par la descente de l’Esprit Saint sur ses disciples, comme celui-ci était descendu auparavant sur Jésus lors de son baptême. À compter de ce moment, toute la doctrine de saint Paul vient naturellement : après la mort de Jésus, Dieu ne s’incarne plus seulement dans le Christ, mais en chacun de ceux qui croient en lui. Ceux-ci forment donc une église qu’on peut comparer au corps du Christ et « le Christ vit en eux » et « ils vivent en Christ » selon ses mots. Insistant peut-être moins sur ces idées, la communauté de Jérusalem dirigée par saint Pierre, saint Jacques et leurs successeurs, croit cependant aux mêmes concepts, précisément parce qu’ils étaient préexistants et révélés par la vie et la mort de Jésus, et parce qu’ils ont été accompagnés par de nombreux signes et la réalisation de nombreuses prophéties. Ceux-ci sont si nombreux et si impossibles à « provoquer » intentionnellement que c’en est extrêmement troublant, comme on l’a relevé dans « l’évangile selon le monde ».

 

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